LesleyThePony-thumb-630xauto-50884

Ce que la nuit de l’animation a gravé (ou aggravé) dans mon cerveau

Ceci est une sélection de courts d’animation , bande de coureuses de rempart ! Alors si vous en avez la foi, lisez entre les lignes du récit de notre épopée, sinon, scrollez sur la page et regardez ce qui vous plaît, car nous avons largement pioché dans la sélection de l’équipe du festival!

On va commencer par vous mettre un peu dans l’ambiance avec ce court d’animation:

 

SOOO HARD ! Nous aussi, on vous aime comme ça! Enfin un petit film qui respire la santé mentale, la couillomentonite et qui illustre avec une viscérale pugnacité l’horreur du harcèlement de rue… Non?

 

nuit anim

 

Il s’agit ici de vous introduire à l’univers – si ce n’est pas déjà fait – de l’un des meilleurs marathons cinématographiques lillois, et pour cause: de 21h à 6h du matin, on en prend plein les mirettes avec des avants-premières, une vraie sélection de courts et longs métrages qui brasse large, entre nouveautés affriolantes et animations trash .

La nuit de l’animation se tient dans le cadre du festival international du court-métrage, qui a lieu annuellement en septembre à Lille. Elle prend place dans trois lieux différents: les sièges du théâtre Sébastopol, les transats du palais des beaux-Arts ou à l’Hybride.

 

20h50
Une queue grande comme celle d’un smégodon borde le théâtre Sébastopol . Il y là des gens déguisés, d’autres en pyjama, la plupart ayant adopté le complet sweat-jogging afin de palier confortablement au manque de sommeil engendré par cette nuitée de débauche visuelle. Vous l’aurez compris: ici, on vient pour voir, pas pour être vu. Mais pas de panique: la queue avance vite, et l’équipe fait preuve d’une efficacité remarquable. On a même fait le test pour vous, n’ayant rien pour imprimer, on s’est ramenés avec la place digitick directement sur l’ordinateur : ça fonctionne !
Une fois entrés, on trouve facilement de très bonnes places: à côté des projecteurs, à l’étage de la salle en proscenium de 1350 places.

 

21h
La présentatrice entre sur scène, évite quelques avions en papiers ( dont des centaines jonchent les planches), nous convie à saluer nos voisins (1300 personnes s’exécutent bruyamment) et lance les hostilités.

Le premier court est réalisé par les roubaisiens du studio Ankama dans le cadre de la partie « focus régional » de la soirée, c’est bien entendu l’avant-première du long métrage d’animation Dofus ! Ne disposant que de vagues connaissances (et de vagues réticences) à l’égard de ce jeu aux 40 millions de joueurs, on a accueilli cette nouvelle avec circonspection. Pourtant , dès les premières minutes de projection on découvre un chef-d’oeuvre d’animation, une claque graphique aux couleurs vives, jalonnée de blagues bien salaces imperceptibles aux enfants, rythmé, plein d’idées. La modélisation des combats est époustouflante, des références au cinéma et au jeu vidéo sont nombreuses. Les actions s’enchaînent à une vitesse effrénée, c’est un court qui tient en haleine, et un tonnerre d’applaudissements salue la fin du trop court extrait (le film n’étant pas terminé, on eu droit à 16 min).

Puis, première tournée de courts d’animation avec Poker, dont tout le monde a apprécié l’esthétique mais où personne n’a rien compris (l’histoire de l’évolution, du stade de la cellule à celui de structures cellulaires vachement développées, comme nous) à part que c’était cool, et que l’emploi de drogue couplé à des névroses extrêmes peut avoir une autre fin que le suicide.

Il y eut aussi le glorieux Kippik, tout public, drôle, profond, où marrons et hérissons échangent littéralement les rôles:

 

 

Vient le tour de A single life ,un animé dans le style pâte-à-modeler d’un Chicken Run où un personnage aux proportions étranges découvre qu’il peut remonter le fil de sa vie grâce à un mystérieux vinyle, je ne vous dis pas la fin, mais c’est tout bonnement hilarant, et bâtard. Attila aurait rigolé.
L’inquiétant et sombre Thé Noir fait son apparition, avec un dessin comme tracé au crayon, angoissant et épileptique.
Puis survient la patte fabuleuse d’Avril et le monde truqué, long métrage lui aussi réalisé dans le Nord par le studio Tchack. L’esthétique mécanique, aux couleurs rouges et noires, dépeint avec brio un monde bloqué à l’âge de la vapeur, de l’industrie et de la suie, où tous les grands scientifiques disparaissent mystérieusement. Dans une Europe désolée où les forêts ont été rasées, où les cheminées des usines crachent inlassablement leur venin sur le sol nu et empoisonné, une jeune biochimiste va poursuivre les travaux de sa famille afin de trouver un sérum empêchant la dégénérescence des cellules. Tout cela durant le règne de Napoléon 5, rien que ça! Un chat parlant ajoute une petite touche de légèreté. C’est un de ces dessins animés qui aurait très facilement pu devenir une illustration dystopique du désespoir, mais qui à l’inverse est stimulant, drôle et bien ficelé.

 

L’engagement de ce film lui donne une intemporalité particulière, avec une morale écologiste où les hommes sont jugés très durement, comme ils le méritent. Tant de sujets sont abordés : l’expérimentation animale, la haine de la différence, le progrès, l’impact de la science tombée entre de mauvaises mains, le rapport hommes\animaux… Le film exploite un passé inexistant (l’action se déroule dans les années 1930, et l’électricité n’a pas encore été découverte) pour montrer un potentiel prolongement de notre présent, chapeau bas les artistes.

 

 

23h30

On passe un cap: on commence à comprendre qu’à la fin du film, on ne se lèvera pas du siège, on ne rejoindra pas des gens en boîte, on ne tirera pas un trait sur ce qu’on a vu en s’en allant l’esprit léger et parsemé d’ambitions futiles. Il nous reste 6h30 de projection.
En ce qui concerne la suite, dire qu’on rentre dans l’abstraction la plus farfelue n’est qu’un doux euphémisme. C’est partiiiiiii pour une autre tournée de courts!

 

Lesley the pony has an A+ day

 

 

 

On retiendra Leslie the pony has an A+ day , Bat Metal (une parodie de Batman sur fond de métal, de gore, et de muscles fessiers), Ernie biscuit (l’aventure onirique d’un personnage pas gâté par la vie et de sa poule, introuvable sur le Net) et Wind, un film renversant sur un monde penché, à cause du vent.

 

Wind

 

Bat Metal

 

S’immiscent quelques clips musicaux où les formes se coulent dans d’autres contours, qui donnent d’autres formes, et ainsi de suite jusqu’à implosion cérébrale dégoulinante. Et voici le porte-étendard du genre, connu de tous les potheads de l’Internet (aussi le seul qui ne soit pas vraiment un clip musical, je vous vois venir):

 

love & theft

 

Le mini-bar sert du café, du thé, sans toutefois profiter de la détresse neuronale ambiante pour gonfler les prix à la manière d’un wagon-bar SNCF. On se cale dans nos sièges et on s’endort devant l’inaliénable Toy-Story à 1h du matin.

 

2H30
On se réveille avec la fougue de ceux qui ne veulent rien rater, juste à temps pour voir redémarrer la sélection de courts d’animation. Que se passe-t-il à ce moment là dans le cerveau d’un siple mortel ayant à emmagisiner 9h de projection de fantaisie humaine? A peu près ça:

 

master blaster

 

Pour ceux qui n’aurait pas compris le message de ce court malgré sa limpidité apparente, il s’agit d’une fille qui fantasme douceâtrement à se lover dans l’anus de son copain. Eh oui.

the interview

 

Ou encore I love you so hard… présenté plus haut. Il y eut grande quantité de films, mais la plupart ne sont pas diffusés sur Internet par leurs auteurs/distributeurs.
Pour finir en beauté, le festival nous gratifia d’une immense tranche d’ Interstella 5555, le long-métrage dont la bande-son est l’album Discovery de Daft Punk, chef-d’oeuvre de l’animation japonaise qu’on ne présente plus. Le voici en intégralité:

 

6H

Au terme de ce périple oculaire jubilatoire, nous eûmes droit à un PETIT DEJEUNER gratuit, offert aux nombreux survivants comprenant viennoiseries, café et jus. On reviendra. L’ambiance de cette nuit était particulièrement bonne enfant et détendue, et je dois avouer que je n’avais jamais fait de pyjama party aussi cool et éreintante avec des inconnus…

p.s: Il manque un paquet de courts d’anim, mais peu sont facilement trouvables sur Internet, d’autant plus que nous ne pouvons que comprendre ceux qui protègent leurs droits d’auteur, et les autres, que nous remercions.