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GUTS

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( Ou la rencontre avec un bienheureux )

 

C’est en toute détente et avec toute sa sympathie, sa bonhomie et ses 42 « ballets » passés que Guts, ce papa du Hip Hop français, producteur/beatmaker et créateur d’Alliance Ethnik nous reçoit. Il répond à nos questions le temps d’une petite, que dis-je: d’une grande interview ! ( Hé oui …  il est bavard ce gaillard et ce n’est pas pour nous déplaire 😉 ).

Quand il était enfant, sa mère lui offrait un vinyle par semaine pour lui apprendre les bonnes manières. A l’âge de 9 ans, il est déjà le « Dj » en vogue du voisinage. Il se passionne ensuite pour la musique hip hop quand il choppe les ondes de radio 7 et écoute l’émission de Dee Nasty qui devient son maitre à penser du Hip Hop .

 

Galvanisé, il se met à digger ( ou littéralement fouiller des caisses de vinyles ) en cherchant sans relâche La perle ,  à la manière de  Balthazar Picsou cherchant de l’or ! Il laissera par la suite ses doigts scratcher en rythme et avec style entre un crossfader et 2 vinyles et commencera ainsi sa carrière en tant que « programmateur » de l’Alliance Ethnik ( en effet, le terme « Dj » n’existait pas encore en ces temps reculés où l’on entendait, sur les rives de la mer du nord, les hurlements de Margaret Thatcher ).

Guts respire la joie de vivre et le partage ! Nous racontant son histoire et sa vie actuelle, il nous dis aujourd’hui profiter de la vie douce et paisible qu’offre Ibiza en hors saison. Là bas il prend le temps de prendre le temps et quand l’inspiration surgit, il se replonge, se noie dans la musique et nous en sort un album qui réveille le Hip Hop et offre des featuring très attrayants !

Il sera impliqué dans la création de pure  chef d’œuvre du hip hop avec des titres tel que : « simple&funky » , « And the living it’s easy » , ou dernièrement avec « Want It Back » et représente toujours et encore le message « Peace, Fun, & Unity », devise et valeurs ultimes du Hip Hop.
Rencontre avec ce bienheureux qui arbore à merveille le chapeau, le Hip Hop et surtout le sourire !

#Interview

LZR : Salut à tous les LEZART, on est avec le bienheureux, le maître du sampling, on est avec Guts ! Salut à toi Guts, comment tu vas ?

 

Guts : Eh bien, je vais très bien, très heureux d’être avec vous.

 

LZR : Ok, bah c’est super, on est très contents de t’accueillir dans le Nord.

 

Guts : Merci ! Et la réputation : à chaque fois que l’on fait un concert dans le nord, c’est grosse ambiance, MUY CALIENTE !

 

LZR : Guts on se souvient de ton premier album « Bienheureux », mais aussi de ton travail de programmateur dans l’Alliance Ethnik. Comment tout a commencé pour toi ?

 

Guts : Tout a commencé au milieu des années 80, où j’étais graffeur en connexion avec le mouvement hip-hop. Et puis très rapidement, en écoutant la radio et des émissions de hip-hop de l’époque, comme DJ Dynastie avec Radio 7, je me suis mis à acheter plein de vinyles et c’est là que j’ai commencé à être DJ, à scratcher et à faire des nuits blanches à n’en plus finir. J’ai aussi fait des compétitions de DJ. Mais ce que j’ai le plus adoré là, c’est la composition de beats. J’ai vraiment pris cette direction-là, c’est pourquoi j’ai monté un groupe, l’Alliance Ethnik au début des années 90. Le groupe a eu l’histoire que l’on connaît qui a duré jusqu’aux années 2000.

 

LZR : Et donc après les années 2000, tu as décidé de lancer ta carrière solo ?

 

Guts : Oui, c’est à peu près ça. Entre 2000 et 2007, je travaillais un peu pour les autres en réalisant des albums ou en composant sur certains albums de rap ou de hip-hop français en tant Beatmaker.

 

LZR : On rappelle qu’à l’époque, dans Alliance Ethnik, on te donnait le nom de Programmateur !

 

Guts : Oui car on utilisait encore le mot de Programmateur avant de parler de Beatmaker, le terme est arrivé plus tard.

 

LZR : Je vais te parler maintenant de ton enfance, par quoi commence ton amour pour la musique ? Tu as des souvenirs ?

 

Guts : Oui j’ai des souvenirs de ce qu’on écoutait, déjà à la cité où c’était plutôt du funk ou du reggae.

 

LZR : Tu es de Boulogne c’est ça ?

 

Guts : Oui, une petite cité près des Usines Renault à Boulogne. Et comme je disais, la musique qu’on écoutait en cité, c’était particulièrement du funk ou du reggae. J’écoutais aussi les vinyles de ma mère quand elle faisait le ménage ou qu’elle préparait à manger. Grâce à ça, j’écoutais tout le temps du son.

 

LZR : Et pour toi, quel groupe de hip-hop ou de beatmaker t’ont influencé en particulier ?

 

Guts : Tout au début, il y avait un beatmaker dont j’étais vraiment fan. Il s’appelait Mentronik et son groupe Mentronix avec MC Tee à l’époque. Et c’est avec lui que j’ai découvert qu’on pouvait mettre en série des boîtes à rythmes, pour faire des instrus. Pour un moi c’est un précurseur du Beatmaking. J’ai le souvenir des soirées RadioNova fin des années 80 à Paris où il est venu dans une boîte qui s’appelait « chez Roger Boîte Funk ». C’était les premières soirées hip-hop de ma vie, avec les débuts de Public Enemy. Et c’est là que j’ai pris une claque!!!

 

LZR : Tu en es à ton 4ème album solo, « HIP-HOP AFTER ALL ». On voulait savoir si dans tout ce processus de création, tu ne faisais que sampler ou des prises de son en studio ? En gros, comment tu travailles ?

 

Guts : Pour le dernier, j’ai voulu faire un album plus ambitieux et collectif, avec plusieurs featurings. J’ai donc commencé par faire toutes les bases de musique chez moi à Ibiza. Une fois que j’avais les fondations, j’ai pris ce qui me semblait être le plus intéressant. Ensuite, l’idée des voix m’est venue pour chaque titre. Je suis donc parti chercher les différentes voix aux Etats-Unis, avec Dj  Fab à New-York, et ensuite en solo à Los Angeles. Puis je suis revenu à Paris et j’ai mis la touche finale sur les instruments afin de me consacrer aux arrangements. Une fois que tout ça était prêt, on a mixé en studio avec Mr Gib de la Fine Equipe. Il ne restait plus que le remastering et c’était bon.

 

LZR : Dans ce mode composition, tu sais directement où tu veux aller ou tu laisses quand même une certaine partie d’impro à tes musiciens ou à toi-même ?

 

Guts : Il y a toujours une sorte d’instinct, c’est de la création avec des sentiments et des émotions, ça dépend de ton humeur sur le moment. Ensuite il y a les artistes qui ont déjà préparé quelque chose, en ayant eu une conversation sur l’angle de l’écriture et après 3h dans le studio, les choses commencent à se mettre en forme.  Même si ça reste spontané et instinctif. Par exemple, avec Florient Pelissier qui est le pianiste du groupe, grand pianiste de jazz, avec qui j’ai travaillé. On rebondit chacun sur les idées et les directions qu’on veut suivre. Il y a une bonne part d’impro!

 

LZR : Comment ça se passe maintenant pour toi à Ibiza ?

 

Guts : Je suis parti il y a 8 ans. C’était pendant les élections présidentielles de 2007, je savais pertinemment que Sarkozy allait passer et je n’avais pas envie de vivre dans un pays avec lui comme président ! Et comme j’avais aussi envie de partir, je me suis dit que c’était le moment. De plus mon père était là-bas depuis 30 ans et sa santé n’allait pas au mieux, j’ai donc pu rester avec lui dans ces moments difficiles. Et je m’y sentais tellement bien, avec les énergies et la population qu’il y a là-bas, j’y ai trouvé un vrai havre de paix.

 

LZR : Tu te revendiques encore de la scène hip-hop française ?

 

Guts : A fond. D’abord, je suis obligé en tant que français. Et puis, le hip hop, c’est ce qui m’a construit. Je dois tout à ce mouvement. Dans les années 80, il y avait une véritable communauté autour du hip hop qui s’est développée avec des graffeurs, des danseurs et ça m’a vraiment touché. J’ai grandi dans ce mouvement, qui a énormément évolué aujourd’hui mais dans n’importe quelle musique que je pourrais faire, il y aura toujours une base hip-hop car c’est mes fondations. J’essaye de faire à la fois des sons anglophones et francophones. J’ai réalisé dernièrement l’album de Kacem Wapalek. J’ai des projets de son de rap latinos. J’essaye d’être sur plusieurs fronts.

 

LZR : Tu vois un bel avenir pour le hip-hop français ?

 

Guts : Oui, mais tu sais c’est comme ça pour toutes les musiques, c’est toujours en dents de scie. C’est comme l’équipe de France de foot, tu as une belle génération et après tu as le creux de la vague.

 

LZR :C’est qui pour toi les artistes prometteurs du moment ?

 

Guts : Il y a bien Gab, les artistes de l’Animalerie, Big Flo et Oli qui sont intéressants. Il y a aussi des artistes que j’aime comme Swift Guad ou même Youssoupha, qui m’épate encore aujourd’hui. Mais à l’inverse, je me baladais à la Fnac hier. Et je regardais les meilleures ventes du moment. Il y avait Booba, Kaaris, Lartist et d’autres. Et c’est marrant car sur tous ces artistes qui sont ceux qui vendent le mieux, je n’en connaissais pratiquement pas un. En plus, j’aime beaucoup m’intéresser aux pochettes des albums et je me disais que celles-ci manquaient vraiment de créativité. Il n’y a que celle de Booba où il y avait quelque chose de chanmé ! Je n’ai pas trop de feeling avec cette scène-là donc je ne m’y intéresse pas.

 

LZR : On a vu la présence que tu pouvais avoir sur scène, et on se demandait si tu te plaçais comme Beatmaker ou comme chef d’orchestre ?

 

Guts : Soyons modeste :) ! Je suis d’abord quelqu’un de studio avant d’être quelqu’un de scène, mais j’ai voulu jouer le jeu. J’ai voulu faire ce que j’aime voir dans un concert, où je peux me lâcher. J’essaye de faire le chef d’orchestre, mais surtout de transmettre mes énergies à mes collaborateurs et mes musiciens. Le plus important, c’est que le public s’éclate et que je m’éclate.

 

LZR : C’était quoi les deux ou trois derniers concerts auxquels tu es allé ?

 

Guts : Dernièrement j’ai fait des concerts en Amérique du Sud où je suis allé voir des concerts de jazz dans des cafés. Je suis tombé sur une chanteuse brésilienne que j’ai adoré à Rio. Au Costa Rica, je suis tombé sur un groupe avec des Français, des Chiliens, des Espagnoles. Ils faisaient du reggae, de la dub qui partaient un peu dans tous les sens, c’était vraiment cool. Le dernier gros concert que j’ai fait, c’était Flying Lotus que j’avais vu au Trianon. Le mec est un peu figé sur son truc mais il a un vrai charisme, que ce soit dans ses gestes ou son attitude, il communique avec le public. Et visuellement, j’ai rarement vu une performance comme ça… J’ai tellement kiffé !

 

LZR : Tu travailles sur quel logiciel ?

 

Guts : En fait, je ne travaille pas avec l’ordinateur. Je ne bosse qu’avec des machines, exclusivement sur MPC 4000 que j’ai sur scène. A côté de ça, j’ai un Ensoniq ASR-10 qui est un clavier sampler. C’est une machine vintage qui date des années 90 avec laquelle j’ai composé à l’ Alliance Ethnik à l’époque. J’ai toujours ma E-mu SP-1200, qui est une boîte à rythmes légendaire. C’est le trio magique du beatmaker.

 

LZR : Est-ce que tu te remets à scratcher pour délirer ?

 

Guts : Oui, à fond ! Tous les beatmakers qui touchent aux platines, on aime bien faire un beat, une instru, on prend un vinyle, on envoie des voix. C’est un peu le délire du beatmaker qui finit son beat, il y en qui vont rouler un joint. Comme je ne fume plus, je mets un disque où j’ajoute une voix de busta ryhmes ou de redman et je me fais mon petit délire dessus.

 

LZR : Pour toi le sampling : piraterie ou artistique ?

 

Guts (tape sur la table) Artistique ! Après tu auras toujours des critiques dessus, c’est légitime. C’est une forme de recyclage, je comprends parfaitement qu’il y est des gens qui disent que c’est du piratage. Mais après c’est à toi d’expliquer le truc, et de le montrer. On ajoute des petits bouts un par un qui vont t’amener à une mélodie et tout ça va donner   un morceau de ouf. Ca emmène la création encore plus loin. C’est comme ça que le hip-hop s’est formé aussi, par un manque de moyens. Les mecs ils n’avaient pas d’instruments, pas d’accès à l’école de musique mais ils avaient des vinyles. Et avec les platines, on isole les morceaux, on rap dessus et ça arrive comme ça.

 

LZR : Merci beaucoup à toi Guts pour ce très bon moment, c’était un vrai plaisir de rencontrer ! D’ailleurs on a beaucoup de potes qui te saluent.

 

Guts : Mais de rien, je passe le salut à tous vos potes, merci à tous !

 

LZR : A plus tard les lézards, on se retrouve très bientôt !

 

Bises à tous : Milouz, Gi Gi & Sloog’